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GRÂCE À DIEU

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GRÂCE À DIEU
de François Ozon
GENRE : DrameFrance · 2019 · 1h45 · VF
Avec : Melvil Poupaud, Denis Ménochet, Swann Arlaud

Alexandre vit à Lyon avec sa femme et ses enfants. Un jour, il découvre par hasard que le prêtre qui a abusé de lui aux scouts officie toujours auprès d’enfants. Il se lance alors dans un combat, très vite rejoint par François et Emmanuel, également victimes du prêtre, pour « libérer leur parole » sur ce qu’ils ont subi. Mais les répercussions et conséquences de ces aveux ne laisseront personne indemne.

Film ample et collectif, Grâce à Dieu s’ouvre sur le plan saisissant d’un prélat juché sur la colline de Fourvière et brandissant un crucifix, tel un symbole de la puissante emprise de l’Église sur la métropole lyonnaise. Aussitôt, la narration énergique d’Alexandre (Melvil Pou- paud) emmène le film, tandis qu’en voix off il dévoile sans ambages les abus sexuels du père Preynat, dont il fut victime enfant. C’est le début d’un récit qui ne tire aucun suspense des faits – avérés, reconnus, avoués. Grâce à Dieu propose de facto le récit d’un combat : celui de trois hommes contre une institution qui confond pardon et justice. Chronologiquement, c’est par la stupéfaction meurtrie du très catho- lique Alexandre (des années après, son agresseur est toujours au contact des enfants) que va naître « l’affaire Bernard Preynat » et sa cohorte de révélations en cascade. Fort documenté et scrupuleusement arrimé à la réalité des faits, le récit prend des allures de films d’action en découvrant François (Denis Ménochet), combatif et militant, lui aussi abusé pendant ses jeunes années de scoutisme. Enfin, le personnage d’Emmanuel (Swann Arlaud), toujours en proie à une violence ancienne, témoigne d’une douleur intime, viscérale et omniprésente. Grâce à Dieu réussi à allier la responsabilité d’un scénario pédagogique (comment l’affaire se déploie inexo- rablement et comment elle pousse l’église dans ses contradictions) à de plus indicibles vertiges que seul le cinéma sait entrouvrir. Comme ces flashbacks aux couleurs satu- rées où s’ébauchent des gestes aussi anodins qu’une main sur une épaule, où surgissent des sons aussi insignifiants que la fermeture d’une tente. Derrières les images, il y a les actes non vus parce qu’inimaginables, il y a les mots pro- férés par les enfants mais pas entendus par les proches, il y a l’horreur planquée derrière l’ano- din et qui lézarde des vies entières. Loin de signer une œuvre anticléricale ou qui s’en prendrait aux croyants et à la noblesse de leur foi, François Ozon rend leur dignité à ces hommes qu’il filme en train de pleurer. Grâce à Dieu est une œuvre poignante qui éclaire les consciences. Un film juste et fort. ⎥ Nicolas Milesi





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