En réalisant L’Amour flou (César du Meilleur 1er film en 2019) et sa suite (la série éponyme sur Canal+ en 2021), la comédienne et réalisatrice Romane Bohringer avait osé l’autofiction avec un talent singulier et beaucoup de succès. C’est qu’au-delà du ton jubilatoire de l’entreprise, le narcissisme intrinsèque en était balayé par une sincérité flagrante. Et puis, cette enfant de la balle dont la présence sur les écrans remonte à sa prime jeunesse, a su, au cours des années, se faire un prénom dans le cœur du public.
Dans Dites-lui que je l’aime, l’artiste poursuit sa veine intimiste avec un film hybride qui, sous couvert d’une belle simplicité apparente, ne craint pas d’énoncer son dispositif tout en le mettant en scène. Romane Bohringer adapte au cinéma le livre de la femme politique Clémentine Autain consacré à l’absence de sa mère dysfonctionnelle, l’actrice Dominique Laffin, disparue tragiquement au mitan des années 80. (Le livre est d’ailleurs titré comme le film de Claude Miller, dans lequel avait joué la comédienne en 1977.) Subjuguée par les similitudes douloureuses entre leurs deux enfances, Romane Bohringer va, devant nous, tourner un autre film en menant une enquête beaucoup plus personnelle, dont le regard d’une comédienne sur le destin d’une autre comédienne n’est que le point de départ, entremêlant de francs épanchements à d’émouvantes scènes de docufiction. L’actrice Eva Yelmani y est bouleversante de fragilité tandis que Clémentine Autain et Romane Bohringer, dans leurs propres rôles, se livrent avec pudeur. Dites-lui que je l’aime avance sur une ligne de crête friable, dans une tension narrative troublante entre l’histoire de la petite Clémentine et celle de la petite Romane (jamais révélée au public malgré sa célébrité ancienne). Constitué de fragments éparses rassemblés par la seule vision de la réalisatrice, le résultat est protéiforme, tâtonnant – et touchant. « J’aime tant quand la fantaisie se mêle à la gravité » avoue-t-elle. Ce credo véritable fait mouche tout au long de ce film illuminant, aux relents psychanalytiques. Nous nous retrouvons les témoins d’un geste cinématographique dont l’écho est aussi universel que le rapport que chacun entretient avec sa propre mère, avec les conditions de sa propre existence. Romane Bohringer signe une œuvre très belle et très réconfortante. – Nicolas Milesi
Dites-lui que je l’aime
Réalisateur(s) : Romane Bohringer
Acteur(s) : Romane Bohringer, Clémentine Autain, Eva Yelmani, Josiane Stoléru, Liliane Sanrey-Baud
Genre(s) : comédie dramatique
Origine : France
Durée : 1h32
Synopsis : Romane décide d'adapter pour le cinéma le livre de Clémentine Autain consacré à sa mère. Ce projet va l'obliger à se confronter à son passé et à sa propre mère qui l'a abandonnée quand elle avait neuf mois.
Choisissez votre séance




