Le drame de Paola Cortellesi a rencontré en Italie un succès historique. Avec ses cinq millions d’entrées, il a battu Barbie, Oppenheimer, et même un succès aussi mémorable que La Vie est belle de Roberto Benigni. Il reste encore demain n’est ni une comédie populaire, ni une superproduction à grand spectacle. Dans un contexte de fréquentation difficile (les Italiens vont trois fois moins au cinéma que les Français), ce succès tient à la fois du miracle et du phénomène de société. Le film s’attaque de manière frontale et originale au patriarcat transalpin. La cinéaste ne dénonce pas les agressions sexuelles ou sexistes d’un soir mais le machisme brutal quotidien. Comment de manière inlassable, implacable, un mari, au milieu des années 1940, pouvait traiter sa femme quasiment comme une esclave. L’humiliant, la rabaissant sans cesse. Récupérant sans vergogne ses maigres revenus. Et allant jusqu’à la frapper violemment pour la moindre maladresse, la moindre contrariété. Devant des voisins, des témoins hébétés et passifs. Avec comme seule lueur d’espoir, la compassion et la solidarité d’une amie, d’un G.I. noir et la perspective que, peut-être, Marcella, la fille de Delia, aura un avenir meilleur. Tourné en noir et blanc, le film se réfère explicitement aux grands classiques du néo-réalisme italien. Un cinéma d’après-guerre qui dénonçait avec force la pauvreté, les inégalités sociales mais pas encore le patriarcat. Le film est tout entier porté par Paola Cortellesi : à l’écriture, derrière et devant la caméra, puisqu’elle interprète brillamment le rôle principal. La notoriété et les nombreux talents de cette figure de la télévision, du cinéma et de l’humour en Italie ont évidemment permis au film d’accéder à un large public. La reconstitution de scènes de la vie familiale quotidienne, de la vie de quartier, de la dureté des petits boulots ,des rapports de classe, de l’ambiance délétère d’après-guerre : tout cela est soigné, parfois souligné, mais l’interprétation des uns et des autres emporte le morceau. La violence perpétuelle du mari (soutenu par le grand-père paternel !) aura malheureusement des accents de vérité pour les spectateurs nés au milieu du siècle dernier. L’impact du film en Italie, dont la sortie a résonné avec un féminicide, montre bien à quel point ce patriarcat d’hier est enraciné. Malgré deux ou trois effets de mise en scène inutiles, Il reste encore demain est assurément un film qui fera date dans la dénonciation du patriarcat.
⎥ François Aymé

Il reste encore demain
Réalisateur(s) : Paola Cortellesi
Acteur(s) : Paola Cortellesi, Valerio Mastandrea, Romana Maggiora Vergano
Genre(s) : Comédie
Origine : Italie
Durée : 1h58
Synopsis : Mariée à Ivano, Delia, mère de trois enfants, vit à Rome dans la seconde moitié des années 40. La ville est alors partagée entre l’espoir né de la Libération et les difficultés matérielles engendrées par la guerre qui vient à peine de s’achever. Face à son mari autoritaire et violent, Delia ne trouve du réconfort qu’auprès de son amie Marisa avec qui elle partage des moments de légèreté et des confidences intimes. Leur routine morose prend fin au printemps, lorsque toute la famille en émoi s’apprête à célébrer les fiançailles imminentes de leur fille aînée, Marcella. Mais l’arrivée d’une lettre mystérieuse va tout bouleverser et pousser Delia à trouver le courage d’imaginer un avenir meilleur, et pas seulement pour elle-même.