De l’art de revisiter les arguments dits classiques pour leur insuffler une modernité désormais incontournable. Jérôme Bonnell entre à pas feutrés dans l’univers bourgeois des débuts du XX°. Ici, les paroles sont conformistes et sentencieuses, et c’est dans le langage du corps que s’expriment la soumission, l’humiliation mais aussi le refus et le courage. L’héritage du regard social critique d’un Balzac ou d’un Maupassant est implicite. La démarche du cinéaste, inspirée du roman Amours de Léonor de Récondo, tire son originalité dans l’intersectionnalité entre la condition sociale et la condition de genre. Les récits sur les déterminismes sociaux et sexués sont nombreux, ceux qui décrivent la confrontation entre eux sont rares. Quand une épouse et sa bonne sont abusées par le même homme et qu’elles se rencontrent, que se passe-t-il ?
Le postulat est riche de promesses scénaristiques. L’interprétation est portée par un duo d’actrices tout en finesse et en sororité (Galatea Bellugi et Louise Chevillote) avec un Swann Arlaud impeccablement pitoyable dans un contre-emploi. Près de dix ans après, la vague #Metoo continue d’infuser dans les récits. Jérôme Bonnel rappelle la condition subie des femmes aux siècles passés (quel que soit leur statut social) pour mieux fantasmer une indépendance, hier quasi impossible, aujourd’hui indispensable. – François Aymé
La Condition
Réalisateur(s) : Jérôme Bonnell
Acteur(s) : Swann Arlaud, Galatéa Bellugi, Louise Chevillotte, Emmanuelle Devos, Aymeline Alix
Genre(s) : comédie dramatique, Historique
Origine : France
Durée : 1h43
Synopsis : C'est l'histoire de Céleste, jeune bonne employée chez Victoire et André, en 1908. C'est l'histoire de Victoire, de l'épouse modèle qu'elle ne sait pas être. Deux femmes que tout sépare mais qui vivent sous le même toit, défiant les conventions et les non-dits.
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