Gazette 538
Tarik Saleh, cinéaste suédois, persona non grata dans son Égypte d’origine, a, comme pour l’excellent Conspiration du Caire, tourné son film en Turquie. Ce précédent opus avait récolté un Prix du scénario au Festival de Cannes. Celui des Aigles de la République n’est pas mal non plus, naviguant habilement entre les décors exotiques du cinéma égyptien et les eaux troubles de la politique du pays. Avec l’immense Fares Fares, tout aussi impressionnant que dans Le Caire Confidentiel, avec une pointe d’humour en plus. Le film démarre comme une comédie politique satirique : on se moque de la suffisance des gens de cinéma comme de l’arrogance des politiques, les artistes devant rapidement en ra- battre face à un pouvoir autoritaire qui compte bien profiter de l’aura et de la caution d’une star. Et puis, ce qui ressemblait à une fable contemporaine, à un moment donné, bascule vers un suspense avec scénario à tiroirs et à rebondissements. À l’instar de l’acteur Fares Fares, le spectateur a le vertige. Il est dépassé par les manipulations et jeux d’influence souterrains et permanents avant de reprendre pied et, d’une certaine manière, de se repasser en mémoire la première partie du film avant de plonger dans la seconde. Ainsi Tarik Saleh nous régale à tous les niveaux. Dans le registre satirique, il trouve un malin plaisir à tourner en dérision la ridicule mégalomanie du Président Al-Sissi tout en soulignant l’égotisme et l’impuissance cachée de l’acteur fétiche du pays. Et dans le registre plus politique, il décrypte et met brillamment en écriture et en image les enjeux et complots de la scène politique égyp- tienne. Une troisième réussite consécutive après Le Caire Confidentiel et La Conspiration du Caire. – FRANÇOIS AYMÉ




