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de Kirill Serebrennikov
GENRE : DrameRussie · 2018 · 2h05 · Vostf
Avec : Teo Yoo, Roman Bilyk, Irina Starshenbaum

Leningrad. Un été du début des années 80. En amont de la Perestroïka, les disques de Lou Reed et de David Bowie s'échangent en contrebande, et une scène rock émerge. Mike et sa femme la belle Natacha rencontrent le jeune Viktor Tsoï. Entourés d’une nouvelle génération de musiciens, ils vont changer le cours du rock’n’roll en Union Soviétique.

toire d’amour. On assiste à l’émergence d’un artiste, au passage à l’âge adulte de Viktor Tsoï dont le style et les chansons viendront secouer la société soviétique à l’aube de la Perestroïka. Après Le Disciple, Serebrennikov est allé chercher le talent du chef décorateur d’Andrey Zvya- gintsev (réalisateur de Léviathan), Andrei Pankratov, qui a su recréer le Leningrad des années 80 dans un noir et blanc somptueux. Attention, la couleur n’est pas totalement absente de ce film où les irruptions vi- suelles sont tout aussi maitrisées que la reconstitution d’une époque où l’on assiste aux concerts de rock assis et en silence... Cette incon- gruité illustre bien le choc qui s’opère entre l’Est et l’Ouest. Il ne s’agit pas d’un biopic, ni de fantasmer une époque révolue, mais plutôt de rendre compte d’une atmosphère, des errements du début d’un groupe de rock, d’une aventure amoureuse. Le film est empreint d’une mélancolie qui n’est pas celle qui pourrait habiter notre regard nostalgique sur le passé, c’est surtout la douce et furtive tristesse de ces protagonistes, qui s’éveillent parfois au craquement des vinyles et au rugisse- ment des guitares. En salle aussi, le corps du spectateur, engourdi dans son fauteuil, se contracte et s’agite quand surviennent les Talking Heads, T-Rex, le Velvet Underground, Iggy Pop, David Bowie, Lou Reed... Kirill Serebrennikov construit autour de quelques titres iconiques des cap- sules visuelles, où l’imaginaire est au pouvoir, d’éphémères instants de liberté à l’image, pour mieux nous rappeler qu’ils n’ont pas eu lieu. Des adresses directes au spectateur jusqu’à l’abolition de certaines limites narratives, c’est un metteur en scène de théâtre qui s’exprime, utilisant à plein tube les possibilités du medium cinéma. Il y a finalement une évi- dence à porter à l’écran ces saillies musicales, cet éveil d’une jeunesse, quand on sait que le groupe de Viktor Tsoï s’appelait tout simplement : Kino. – Julia Pereira





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